Collectif de Résistance au Traité de Lisbonne

Irlandais de tous les pays, unissez-vous !

Communiqué du 20 juin 2008 - En version PDF
 

Le 12 juin 2008, le peuple d’Irlande, le seul peuple de l’Union Européenne qui a eu l’opportunité de débattre et le droit de se prononcer par référendum sur le traité de Lisbonne, a dit NON. Nous soutenons sans partage cette unique(1) expression démocratique et sommes entièrement solidaires de la Coalition irlandaise contre le traité de Lisbonne (www.CAEUC.org, Campaign Against EU Constitution). Avec cette Coalition nous disons(2) :

« Le peuple irlandais s'est exprimé. D’aucuns avaient prédit une véritable tourmente sociale et politique en cas de non, or nous pensons bien au contraire que des centaines de millions de gens à travers l'Europe applaudiront le rejet du Traité de Lisbonne. Les propositions visant à réduire encore la démocratie, à militariser l'UE et à démanteler les services publics au profit du privé ont été rejetées. Le traité de Lisbonne est mort. Il doit à présent être enterré aux côtés de la Constitution Européenne dont il n’est qu’un remake.

Nous appelons le gouvernement irlandais et les tenants du traité à respecter la volonté du peuple irlandais en abandonnant ce traité dont l’échec est patent. Ce qui s'est passé avec le traité de Nice ne doit pas se reproduire : il ne doit pas y avoir de nouveau vote.

Nous appelons la Commission européenne, le Parlement européen, et les gouvernements des États membres de l'UE à respecter la volonté du peuple irlandais. Il ne peut y avoir de menaces ni de tentatives d'intimidations à l’encontre du peuple irlandais.

Ce vote illustre le fossé qui existe entre les élites et les politiciens européens, et ce que pense le peuple. Comme en France et aux Pays-Bas, les dirigeants politiques et l'establishment ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour inciter à voter Oui. Ils ont échoué.

Nous demandons un changement de cap. Nous demandons la cessation de la militarisation de l’Europe, la réduction des dépenses d’armement au profit de projets socialement utiles.

Nous demandons l'arrêt de la privatisation des services publics et de mettre ceux-ci à l’abri des dictats du marché.

Nous demandons la fin du rôle décisionnel premier donné au marché et aux banques quant à la bonne marche de la société : nous exigeons des mesures sérieuses pour rétablir une saine régulation du marché afin de protéger les droits des travailleurs, pour s'atteler au problème du chômage et de la pauvreté, pour exclure l'inégalité et l'oppression et pour lutter contre le réchauffement climatique.

Nous demandons que les relations européennes avec les pays en voie de développement donnent la priorité aux besoins des peuples du « Tiers monde » et aux droits de l'Homme ; nous voulons la fin des pratiques de soutien aux régimes répressifs en échange d’avantages aux entreprises ou États européens.

Nous appelons les peuples d’Europe à prendre en main notre futur commun dès à présent. Ce n'est plus une question qui concerne la seule Irlande. L’avenir de l'Europe doit être choisi par les peuples de l’Europe. Nous ne tolérerons pas une situation où, à nouveau(3), on ne penserait plus qu’à « comment faire voter les Irlandais correctement ». Alors que le traité de Lisbonne représentait un déni de démocratie pour une majorité écrasante de la population de l'UE, nous appelons maintenant les peuples de l’Europe à reprendre en main leurs droits démocratiques pour décider de leur propre futur.

Pour une Europe sociale, démilitarisée et démocratique ! »

Chaque fois que la société civile d’un pays européen a pu mettre en place un débat sur le traité constitutionnel européen (TCE) ou son équivalent le traité de Lisbonne(4), et ensuite s’exprimer par voie référendaire, elle a rejeté le traité (la France le 29 mai 2005, la Hollande le 1 er juin 2005 et l’Irlande ce 12 juin)(5). Elle l’a rejeté malgré les moyens disproportionnés mis en place par ses partisans et malgré le soutien quasi-unanime du monde politico-médiatique.

Le « non » au traité exprime une lutte entre « ceux d’en bas et ceux d’en haut »(6) et marque une rupture de confiance dans la capacité des institutions et des dirigeants à répondre aux aspirations des peuples. Ce vote, qui aurait été le même dans la grande majorité des pays de l’Union Européenne, exprime une sanction à l’égard de nos élites et marque le rejet d’une Europe néolibérale à la botte des puissants et à la solde du marché. À ceux qui l’interprètent comme un vote de repli et de refus de l’Europe, nous rappelons l’analyse sociologique du Non français au TCE réalisée par l’institut de sondage IPSOS et dont voici un extrait (juin 2005) : Le triomphe du Non avec 3 millions de voix d'avance n'est pas simplement celui d'une France tentée par les extrémismes de tous bords. Le sondage Ipsos-Le Figaro réalisé le jour du scrutin présente un Non qui traverse toutes les catégories de la population, et plus particulièrement les classes populaires et moyennes, ou les salariés, du public comme du privé… La disparité des arguments de campagne laissait planer un doute sur la motivation du Non, certains analystes défendant l'idée d'un non de repli sur soi... Le sondage Ipsos-Le Figaro leur donne tort.

Nous demandons instamment à tous nos représentant nationaux et européens de respecter non seulement la décision démocratique et souveraine du peuple d’Irlande mais aussi celle des peuples de France et des Pays-Bas et, à travers elles, celle de tous les citoyens européens ; de respecter notre droit légitime à un débat équitable sur cette question centrale : quelle Europe pour demain ?

Avec le Collectif de Résistance au Traité de Lisbonne (www.CR-TL.be ) : A contre courant, ACJJ (Association Culturelle Joseph Jacquemotte), APED (Appel pour une école démocratique), ATTAC Liège, Barricade, CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde), CLEA (Comité pour la Liberté d’Expression et d’Association, CRACPE (Collectif de Résistance Aux Centres Pour Etrangers), Fondation Léon Lesoil, GRAPPE (Groupe de Réflexion et d'Action Pour une Politique Ecologique), Le Progrès de Herstal, PAC Régionale de Liège (Présence et Action Culturelles), PEC (Peuple et Culture), UAG (Une Autre Gauche), Espace Marx Liège, Groupe Thomas Sankara de Liège, L'Aquilone, COMAC section Liège, Fédération de Liège du Parti Communiste, LCR (Ligue Communiste révolutionnaire), CAP (Comité pour une Autre Politique), Amis du Monde diplomatique Belgique.

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(1) Les quelques 490 millions de citoyens des 26 autres pays de l’Union Européenne ont été privés du droit élémentaire de décider de leur avenir.

(2) Traduction du communiqué du CAEUC du 13 juin 2008.

(3) Après avoir rejeté le traité de Nice le 2 juin 2001, les Irlandais ont revoté le 19 octobre 2002. Traité de Nice dont la plupart des commentateurs reconnaissent aujourd’hui qu’il est « calamiteux ».

(4) Jean-Luc Dehaene, ancien Premier ministre belge, le 5 décembre 2007, à la RTBF : En fait, la principale différence, c’est que le traité constitutionnel était quelque chose de lisible, alors que là on arrive aux mêmes résultats en faisant des amendements aux traités existants, ce qui donne un texte totalement illisible pour les citoyens. Mais fondamentalement, c’est la même chose.

(5) En Espagne, il y a eu référendum mais pas de débat : le Parti socialiste (PSOE) au pouvoir et le Parti populaire (PP) dans l’opposition ont mené main dans la main une propagande grossière, assimilant le refus du traité à un refus de l’Europe ; le gouvernement allant jusqu’à mobiliser les stars du football pour « vendre » le traité. À la veille du scrutin, et selon un sondage de l’institut CIS, 90,9% des électeurs espagnols considéraient que leur degré de connaissance du traité constitutionnel était bas, très bas ou nul.
Le Luxembourg a dit oui de justesse à un référendum consultatif sur le TCE le 10 juillet 2005. Malgré le peu de débat, la pression du monde bancaire et du premier ministre Juncker qui avait mis sa démission dans la balance en cas de victoire du non, les sondages ont montré un recul régulier des intentions de vote en faveur du oui : de 76% en octobre 2004 à finalement 56% au référendum.

(6) Selon un ex-premier ministre irlandais qui se lamentait : « Le résultat est très lié à la classe sociale… le vote NON est plus élevé, jusqu’à 65%, dans les classes laborieuses… »